Le point de départ
Ce que vous n’arrivez pas à décrire en sept minutes de consultation
Vous dites que vous perdez beaucoup. La question suivante tombe presque toujours : combien ? Et là, personne ne sait répondre. Le nombre de protections change d’un jour à l’autre, les nuits blanches passées à se relever ne se comptent pas, et le mot abondant ne veut rien dire de la même façon pour vous et pour la personne qui vous écoute.
Pendant ce temps, le dossier s’épaissit. Une échographie pelvienne endovaginale, parfois une IRM pelvienne, une hystéroscopie diagnostique, deux numérations formule sanguine, une ferritine, un traitement médical essayé trois mois puis arrêté. Chaque document parle de fibrome sous muqueux, de fibrome intramural, d’adénomyose ou d’endomètre épaissi, mais aucun ne raconte ce que vous vivez entre deux rendez vous.
Le corps, lui, encaisse. L’anémie ferriprive s’installe sans bruit : essoufflement dans un escalier, vertiges en fin de journée, irritabilité, réunions écourtées, journées de travail décalées. Comme la fatigue arrive lentement, elle finit par sembler normale, et elle disparaît du récit que vous faites en consultation.
Enfin vient la question qui fait peur. Surveiller, changer de traitement, proposer une embolisation des artères utérines, une myomectomie, une hystéroscopie opératoire ou une hystérectomie. Cette décision se prend souvent en une consultation, avec les éléments dont vous disposez ce jour là. Si vos souvenirs sont flous, la conversation reste floue.
- Vos cycles sont notés de mémoire, souvent minorés, parfois majorés par une mauvaise semaine.
- Les comptes rendus sont éparpillés entre une pochette, une boîte de courriels et un espace de résultats en ligne.
- Les valeurs de ferritine ne sont jamais comparées entre elles, alors que c’est leur évolution qui compte.
- Les questions que vous vouliez poser reviennent en tête sur le parking, une fois la porte refermée.